À propos de : Horace Quinti Horatii Flacci Opera, cum nouo commentario ad modum Johannis Bond – Paris, ex typographia Firminorum Didot, 1855. 

  

Au milieu du XIXe siècle, la réputation de la maison d’édition Firmin-Didot n’est plus à faire. Entreprise familiale, elle a vu succéder à Firmin Didot (1764-1836) son fils Ambroise. Passionné de philologie classique, ce dernier a écrit dans sa jeunesse une étude remarquée sur les éditions aldines, et aimait à lire dès le jeune âge les grands auteurs anciens dans des éditions portatives qu’il emportait partout avec lui. 

 

Il n’est donc guère surprenant qu’il ait déployé toutes les ressources de l’art typographique au profit d’un des poètes latins les plus illustres, Horace, qui écrivit sous le règne d’Auguste. Exécutant là un projet qu’il médit depuis son enfance, il publie en effet en 1855 une édition en petit format (in-16) des œuvres complètes de ce poète. Le texte latin n’est pas traduit, mais entouré de gloses et de commentaires dus au savant anglais Bond (1ère éd. de ce commentaire : 1606), avec une révision effectuée par l’Allemand Dübner.

 

Cette édition est saluée par les principaux bibliographes. Brunet, dans son Manuel du libraire, la décrit ainsi dans les termes suivants : « Charmante édition présentant un excellent texte, un commentaire latin rédigé avec autant de savoir que de goût par M. Dübner, une vie d’Horace en français par M. Noël des Vergers, une préface intéressante de M. Ambroise-Firmin Didot. Le volume est décoré d’un joli frontispice et de vignettes pour chaque livre, par M. Barrias, et en outre les vues de ces campagnes, dessinées sur les lieux par M. Bénouville ».

 

Cette description succincte livre un bon aperçu des principaux attraits de l’œuvre.

 

Il y a d’abord la typographie : dans une émouvante adresse au lecteur, Ambroise Firmin Didot déclare qu’il s’agit là de son adieu et la typographie : « Maintenant que nous sommes heureusement secondés par nos fils, qui bientôt vont nous remplacer dans notre longue carrière, c’est comme adieu à la typographie, si chère en tout temps à notre famille, que nous donnons notre édition d’Horace ». Force est de reconnaître la netteté des caractères et la beauté de la mise en page, qui contient un texte dense mais agréable à lire.

 

Vient ensuite l’appareil critique et exégétique : une vie d’Horace précédant l’ouvrage est écrite par Noël des Vergers, le propre gendre d’Ambroise ; le commentaire linéaire de Bond dont nous avons déjà dit un mot confère également une certaine valeur scientifique à ce livre.

 

Parlons aussi de l’illustration : outre le frontispice représentant une apothéose du poète, des vignettes dessinées par Barrias, un ami de la famille, ornent chaque en-tête de livre. À cet égard, il existe deux versions de l’ouvrage : l’une, dont le texte est encadré de filets noirs, comporte des gravures reproduites au moyen de la galvanoplastie ; l’autre version, dont le texte est encadré de filets rouges, comporte ces mêmes gravures reproduites au moyen de la photographie, « cette merveille de ce siècle », pour reprendre les mots d’Ambroise Firmin-Didot dans sa préface. La version ornée de photographies est vendue le triple de la première (30 francs contre 10). Il s’agit d’un des premiers ouvrages décorés de photographies à être publié en France. Il convient enfin de signaler quelques exemplaires de très grand luxe, tirés sur papier de Chine.

 

Un dernier facteur qui rend cet ouvrage digne d’intérêt pour le bibliophile d’aujourd’hui est sa reliure : comme cet ouvrage entrait dans la catégorie des livres de bibliophiles (il n’est que de voir les estimations données par Brunet, Vicaire ou Rahir dans leurs manuels), il a effectivement très souvent été habillé d’un plein maroquin par les ateliers les plus renommés de l’époque (Lortic, Smeers, par exemple).

 

Après l’Horace, deux ouvrages seront publiés par Didot dans le même esprit : un Virgile, en 1858, et un Anacréon, en 1864, formant ce que les catalogues de la firme d’édition appelleront la « Collection elzévirienne ».

 

Pour aller plus loin : A. Jammes, Les Didot. Trois siècles de typographie et de bibliophilie. 1698-1998, Paris, 1998, surtout les p. 63-65, n° 135-138


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